Boulimie, Ô chère ennemie

Ha, Boulimie. Toi, chère ennemie destructrice qui m’a hantée pendant de longues années. Toi, qui me parlais de ces formes disgracieuses à chaque fois que tu m’appelais à venir à toi. A chaque fois que l’appel de la bouffe était trop fort pour y résister. Sadique. Ne pas avoir faim, mais avoir envie de manger. Je crois que je ne comprendrais jamais cette contradiction.

Au plus loin que je m’en souvienne, j’étais en primaire quand tu es entrée dans ma vie, Boulimie. Peut-être bien que tu es venue remplacer ma mère, si absente et pourtant là. Les cours de piscine à l’école devenaient de plus en plus difficiles à assumer. C’était moi, la fille aux plus grosses cuisses de la classe. Et ça, Boulimie, tu t’en servais pour me faire davantage de mal en ingurgitant toujours un peu plus. Mon psy a commencé à me faire des dispenses d’EPS au cours de ma première année de cinquième. Les autres se posaient des questions. Ils m’enviaient de ne pas avoir EPS et de pouvoir quitter le collège deux heures plus tôt une fois par semaine. J’aimais qu’ils m’enviaient. Eux, qui me haïssaient parce que je n’étais pas jolie !

Je n’ai pas eu de « vraie » crise depuis plusieurs mois. Je ne sais même pas combien exactement, alors arrondissons le tout à l’année 2015. Il m’arrive encore de t’entendre m’appeler. Mais à un degré beaucoup moins fort que ce que j’ai pu connaitre. Je ne t’écoute plus, Boulimie. Je t’entends, mais n’écoute rien.

A l’inverse, depuis quelques temps, il y a des périodes où malgré la faim, je n’ai pas envie de manger. Hier soir, mon ami m’a demandé si j’étais anorexique. C’est la deuxième personne à me poser cette question en l’espace d’un mois. Il faut dire que je n’ai jamais été aussi mince. Normal que ça surprenne les gens qui m’ont connus avec du gras de partout. T’as vu, Boulimie, aujourd’hui, c’est moi qui te nique. Toi et tous ceux qui m’ont pourri sous prétexte que j’étais grosse. Je ne m’avancerai pas à dire que j’ai gagné la bataille, mais je savoure ma victoire. Dans chaque regard d’homme, chaque reflet dans le miroir. Et je me sens encore plus forte de savoir que ce poids que j’ai perdu, c’est à moi que je le dois. Dans les dessins animés, il y a sur chaque épaule, un diable et un ange. Moi, je t’ai toi, et le sport. Le sport, qui pourtant a été une hantise. Maintenant, c’est toi, ma hantise. Et ce n’est plus dans tes bras plein d’épines que je viens me consoler.

Peut-être qu’un jour tu reviendras. Plus forte que jamais. Je le sais que tu reste à côté. Tu attends que je sois faible pour m’appeler. Que c’est lâche.

Boulimie, j’accepte et te pardonne tout le mal que tu m’as fait. Je ne l’ai pas mérité. Mais je sais que chaque épreuve nous apprend quelque chose. Un jour, je comprendrai ce que tu as bien pu m’apprendre. Et pour ça, je t’en remercie d’avance.

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